Jour 32. Targu Mures - Bistrita
Par les chemins de traverse
Ce matin je choisis les chemins de traverse. Je ressens le besoin d'être seul, coupé du monde, de tous ces gens qui me fatiguent. Car oui, je suis épuisé, fatigué de toujours devoir me méfier, d'être toujours sur mes gardes et d'avoir peur parfois. Jusqu'à ce voyage, je n'ai jamais réellement eu peur. Les loups du Monténégro m'avaient un peu inquiété certes, mais sans plus. Quand au bûcheron bosnien, qui m'avait réveillé une hache à la main, j'en garde un excellent souvenir. Seuls les chauffards bosniens m'ont fait peur. Mais ici, depuis les enfants du nord de l'Albanie jusqu'aux tsiganes et chauffeurs roumains, en passant par les orages, j'ai peur. Alors je m'en vais dans les bois chercher la tranquillité.
Je ne la trouverai qu'après le village de Tsiganes dont m'avaient parlé les jeunes hier soir. Je me trompe de route et déboule sur une maison tsigane. Je dois fuir devant 4 enfants me poursuivant. Je veux être seul j'ai dit !
Une montée sur un chemin, m'y voilà. Ce n'est pas ce chevreuil qui me fera peur, ni même ce berger gardant ses brebis. Je suis seul sur ce chemin en herbe qu'il m'est parfois difficile de trouver tant ils se confond avec la végétation. Je me dis que je pourrai bien croiser un tsigane isolé sur ce chemin. Mais seuls, ils ne me font pas peur. J'aurai par contre peut être plus peur de ma réaction en cas d'ennuis. Je suis dans une tension nerveuse telle qu’un rien pourrait me faire exploser, et transformer le cycliste innocent que je suis en guerrier sanguinaire. Je me surprends souvent à penser à ce genre de situation. Alors mes dents grincent, mon regard se noircit, mes muscles se tendent et mes mains se crispent sur le guidon. Non, définitivement, je ne suis pas dans un état d'esprit le plus serein... Et ce doit être cela qui me rend malade. Ce matin encore j'ai la diarrhée, moi qui n'avait pas été malade depuis au moins deux ans...
Je retrouve le bitume entre Glodeni et Voivodeni. Je me fais alors accoster par un allemand surpris de voir un cyclotouriste sur cette petite route. Son père est originaire de Voivodeniet il est venu assister a une réunion pour voir comment récupérer ses biens confisques par le communisme. Apres Reghin (qui, il faut le savoir, se situe a 2334 Km de Bourg la Reine, comme indique sur un panneau plante dans le parc), j'évolue dans une espace ondule ou les cultures de mais et les prairies s'épanchent avec harmonie. Ce plateau est domine par une butte coiffée de pins, ce qui lui donne un petit air de Cézallier. Pale copie de ce plateau magique, mais suffisamment bien réussi pour que j'avance avec calme et mélancolie, croisant plus de charrettes que de voitures. Les troupeaux de brebis laissent peu à peu la place aux tas de foins. Les hommes occupent l'herbe à la faucille, les femmes l'entassent sur des tréteaux. Et ainsi ces monticules fourmillent autour de moi, donnant un cachet unique à cette campagne roumaine. Cet espace est ponctue par de nombreux petits villages, tous les 3 a 5 kilomètres. Tous se ressemblent parfaitement. Les maisons rectangulaires d’un étage offrent a la route leur plus petite façade. Elle s'étend ainsi en longueur à l'intérieur de la cour ou fond de laquelle se trouve la ferme. Les maisons peuvent être peintes en vert, bleu, jaune, violet ou rouge et sont rattachées les unes aux autres par une barrière en fer ou en bois. On peut compter environ 10 mètres entre chacune. Dans les cours on peut voir un puit, et aussi ces gros tas de foins pyramidaux ou bien de la forme et parfois de la taille des maisons. Les maisons sont séparées de la route pas un fossé. Entre celui ci et les barrières sont installées des bancs où les anciens s'assieds et voient ainsi passer le monde devant eux, à l'abri d'un noyer ou d'un chêne.
Et le village se déploie ainsi le long de l'axe principal, de maisons en maison, de portail en portail. Je les traverse comme si j'étais dans un couloir, essayant de regarder a travers les barrières comme je le ferai a travers une serrure pour essayer de discerner ce qui se cache derrière. Les églises quant a elles ont les clochers en zinc. Plus je m'avance vers Bitrita, et plus je vois des maisons avec des tourelles et des toits difformes. Certaines sont remarquables. Leurs façades sont couvertes d'une mosaïque multicolore formant des dessins géométriques. Leurs toits sont en zinc
Le bruit des fers des chevaux sur le bitume laisse place a celui des moteurs. Le rêve est termine, me voilà à Bristita. J'y arrive sous une grosse averse. Au centre ville, Paul m'invite à sa table. Ce roumain est élagueur, et cyclotouriste. Nous restons une heure ensemble puis je poursuis ma route pour trouver un endroit au calme. Je le trouve dans un verger à quelques kilomètres de Bistrita. Il se produit beaucoup de pommes ici, et c'est le seul endroit ou je puisse planter ma tente.
Lire la suite du voyage à vélo : Borsa
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