Julien Leblay...
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Amérique latine à vélo : 11 000 kilomètres pour le don du sang


Retrouvez le récit de ce voyage
à vélo en Amérique du sud
dans le livre

"Cap sur Ushuaia"


304 pages dont 16 de photos couleur.
Prix public : 18 euros.
Cap sur Ushuaia. Voyage à vélo en Amérique latine

Argentine : San Juan - Mendoza


Rodéo se situe près d'un lac où le vent souffle systématiquement tous les après midi, 365 jours par an. Il s'agit ainsi d'un endroit privilégié pour la planche à voile et le kit surf. Les deux jours passés à Rodéo en compagnie de Ivana et de son père ont été relaxants. Au programme : petits déjeuners copieux, jus de fruits, déjeuner copieux, sieste dans la maison, baignade + sieste dans un grand lac, dîner copieux. Je quitte ce village avec 72 kilos sur la balance. Depuis que j'ai quitte Salta je me suis refait une santé, et ces deux jours y ont largement participé !

De retour à San Juan je me rends à l'hôpital pour voir si je suis apte à donner mon sang. Mon objectif est de le donner à Mendoza pour Noël, j'en rêve depuis des semaines. Ivana et moi nous rendons dans un centre apte a collecter le sang. Nous y patientons de longues minutes. Deux heures en réalité. Ici nous rencontrons une femme qui vient donner son sang pour son mari. Ici comme dans beaucoup de pays, quelqu'un qui doit recevoir du sang se doit de trouver des donneurs. Chaque patient doit trouver 2 autres personnes qui iront donner leur sang pour la banque de sang. Cela génère un grave problème, celui de la gratuité du don. Cette femme n'a pu trouver de donneurs car elle n'a pas de famille ici. Elle a donc du payer une personne, entre 30 et 40 pesos, qui ira donner son sang "volontairement". Si la personne opérée ne peut trouver 2 personnes, alors elle doit payer à l'hôpital 250 pesos en plus... J'avais pu constater le même problème à Sofia, où les Roms attendaient devant le centre de collecte de sang les personnes nécessiteuses de donneurs.
Nous rencontrons également un membre de l'association des "A-". Là encore, le problème de trouver du sang A- se pose. Les A-, dont je fais partie, représentent ici 10% de la population. Si un A- a un grand besoin de sang, il est difficile d'en trouver car ce groupe sanguin est rare. Alors en Argentine des associations de A- se sont crées. Ceux qui le souhaitent adhèrent et payent une cotisation de 1 euro par mois. Ils se trouvent ainsi sur une liste, qui se veut de plus en plus grande. Chaque fois qu'il y a un besoin en A-, l'association appelle les personnes de la liste pour qu'elles aillent donner leur sang. Chacun donne à son tour. Les besoins étant relativement faibles les personnes ne donnent qu'une fois tous les 6 à 8 ans seulement. L'avantage est qu'une personne adhérente à cette association ayant besoin de sang n'aura pas besoin de trouver 2 donneurs, et voir d'en payer, car l'association se charge de "fournir" les donneurs. Ainsi, les A- n'ont, depuis la création de cette association, aucun probleme pour les transfusions. A savoir qu'une personne quelconque qui a besoin de sang et qui apporte un donneur A- n'aura pas besoin d'un deuxième donneur, car le sang des A- est rare et précieux et compte double.

Le "A-" rencontré nous invite a nous diriger vers un autre lieu de collecte où un médecin pourra nous recevoir plus rapidement. Nous nous y rendons. Le docteur nous reçoit. Dans la salle d'attente je lis le questionnaire proposé aux futurs donneurs. Il est demandé si j'ai pris un traitement anti paludisme. Ce fut le cas en Bolivie, lorsque je me suis rendu sur la route de la mort. Alors le medecin m'explique que je ne pourrai pas donner mon sang en Argentine avant une année. Après 3 heures d'attente je reçois cette nouvelle avec beaucoup de tristesse. Il me tenait à coeur de faire ce don de sang pour Noël, moi qui ne peut le donner en France. Mais encore une fois il m'est impossible de le donner, je suis abattu. Pour me réconforter Ivana me promet d'aller donner le sien dès que possible, même s'il n'est pas A-...!

Cette matinée passée dans les locaux des différents centres de don du sang fut tout de même instructif. Encore une fois j'ai pu constater le grave problème qu'engendrent les dons dits familiaux, supposés gratuits mais qui impliquent de nombreux dons payés, qui vont a l'encontre de la sécurité du receveur. En effet la personne payée pour aller donner son sang va mentir plus facilement au questionnaire pour recevoir ses 40 pesos. En dehors de cela, je découvre avec surprise ce système d'association A-, qui me semble très intéressant, et qui palie au manque de "générosité" des argentins en ce qui concerne le don du sang. Les besoins en sang ne peuvent être comblés, et cette association semble avoir trouvé une solution efficace pour que tous les besoins des A- adhérents soient comblés. Enfin, on ne peut pas jeter la pierre aux argentins. Donner son sang ici est laborieux. 3 heures d'attente pour nous ce matin. Aller donner son sang, c'est "perdre" une matinée complète, tant le système administratif est lent et mal organisé. Demandez a des volontaires d'aller donner leur sang, ils le feront une fois s'ils ne sont pas avertis du temps d'attente, mais sûrement pas deux. Il est important de faciliter la vie du donneur pour que ce geste soit un plaisir et non pas une corvée. Tous les gens rencontrés ce matin avaient pour obligation de donner leur sang car la vie d'un proche en dépendait. Alors ils se faisaient une raison d'attendre ici de nombreuses heures. Mais un donneur bénévole est beaucoup moins patient, cela se comprend. Ainsi la banque de sang devrait avant tout améliorer l'accueil des donneurs pour pouvoir espérer plus de dons. Mais cela ne semble pas à l'ordre du jour, comme toute l'administration étatique de ce pays...

Je pensais passer deux ou trois nuits à San Juan, j'y aurai passé près de deux semaines, la famille d'Ivana m'ayant invité a passer Noël avec eux. Mon activité ici a consisté à me prélasser sur la plage, à me baigner dans les eaux fraîches des lacs de Rodéo ou de San Juan, à profiter de la charmante et agréable compagnie d'Ivana et de sa soeur Gretel, à faire la sieste et à boire du maté. Activité dont je me suis pleinement satisfait, moments ô combien relaxants, apaisants, qui m'ont permis de recharger les batteries bien épuisées par ces trois mois de voyage. J'aurai même pu profiter des services de Gabriela, amie d'Ivana, qui s'est fait un plaisir de me refaire une coupe de cheveux. C'est pourtant avec tristesse qu'elle s'est vu couper mes cheveux rendus très blonds par le soleil..

En plus de m'avoir permis de me reposer, ces deux semaines m'auront permis d'approfondir mes connaissances de l'art de la sieste, art que je maîtrise à présent à merveille. La chaleur est suffocante dans cette région d'Argentine, et de 13h00 à 18h00 il n'est pas possible de faire autre chose que rien faire. Et la sieste se termine par la dégustation d'un maté, dont j'aurai appris ici toutes les subtilités. En Argentine, le maté se prépare dans une petite tasse qui était faite a l'origine avec le fruit de calabaza , une plante rampante d'argentine. Aujourd'hui cette tasse, appelée "mate" est également faite en bois ou en aluminium , bien plus résistante. On la remplit d'herbe aux saveurs différentes. Certaines sont très fortes, d'autres plus douces et parfumées. On peut également y ajouter un peu de sucre entre deux cuillères d'herbe. Le tout est immergé d'eau chaude sortie d'un Thermos, et on y plonge une pipe filtrante appelée "Bombilla" pour en aspirer le contenu. Le maté terminé (trois ou quatre gorgées), on le remplit d'eau et on le donne au voisin. Il s'adoucit alors au fur et à mesure qu'il change de mains, jusqu'à ce que certaines herbes flottent. A ce moment, on remplace une partie du contenu par une herbe nouvelle, et la dégustation se poursuit. Elle peut durer plus d'une heure, et permet de terminer la sieste en douceur. Je repartirai de San Juan avec mon maté, ma pipe, mon herbe et mon petit thermos. En maîtrisant ainsi l'art de la sieste et celui du thé, je me suis transformé en un parfait argentin!

Enfin, j'aurai profité pendant ces deux semaines des talents culinaires de mes hôtes. Des gigantesques Milanesas (viande panée) cuisinés avec talent par la compagne du père d'Ivana, Rolando, m'aura permis de me remettre des dernières étapes parcourues, alors que les salades de légumes, raviolis ou empanadas de Christina et Ivana auront permis que je me fasse du gras. Evidemment le tout a toujours été accompagné de riches Licuadors (milk shakes) de bananes dont je me suis fait spécialiste, ainsi que d'autres douceurs comme des pâtes de fruits à la poire ou des alfajores, gâteau spécifique à l'Argentine, qui consiste a recouvrir une couche de dulce de leche de deux biscuits en chocolat ou meringue. Je repartirai de San Juan avec 74 kilos sur la balance, soit plus de 8 kilos de plus que lors de la sortie du désert de Bolivie.

La période de Noël a favorisé cette prise de poids. Cependant j'ai vécu ici un Noël bien moins pourri par le marketing qu'en France. Le fait de ne pas regarder la télévision doit en être le responsable, tout comme le fait d'habiter à 4km du centre ville, appelé centre commercial en cette époque. J'aurai donc passé un Noël en toute simplicité, avec une famille qui m'a ouvert ses portes et son coeur. Quel meilleur cadeau aurais je pu recevoir en cette période que l'hospitalité de cette famille, ses sourires, sa confiance, son amour et sa compassion pour un voyageur loin de sa famille? Le meilleur cadeau que j'ai reçu n'a pas été le déodorant (quoi que très utile!) offert par Cristina, la maman, mais le sourire qui a illuminé son visage en lisant ma carte de voeux. Un sourire rempli d'amour et de plaisir, un sourire dont je me souviendrai pendant longtemps, très longtemps. J'ai été ici comme chez moi, faisant partie intégrante de la famille, et ce Noël a été un des plus beaux que j'ai pu vivre car il a été très proche du sens originel de cette fête, malheureusement déformée aujourd'hui par la société de consommation, et qui consistait avant tout a se retrouver en famille et a partager et diffuser son amour pour les siens. De ce que j'en ai vu, cette fête comporte encore ces valeurs en Argentine. La pression marketing est bien moins importante qu'en France. Les cadeaux sont de petite taille, mais ce sont bien les plus beaux car ils sont emballés par de l'amour et de la sincérité, et non pas par des euros

Tout cela réuni, je quitte San Juan en étant dans de parfaites conditions pour enchaîner deux autres semaines de vacances en compagnie de mes parents. Seul 170 kilomètres me séparent d'eux à présent, soit une bonne journée de vélo.

C'est très tôt le matin que je verrai une dernière fois la porte de la casa de ciclista de San Juan se refermer derrière moi. La séparation se veut brève pour éviter que les larmes ne tombent. Il est 5h00, le soleil n'est pas encore levé, je me glisse dans les rues de la ville avec nostalgie. Le début d'étape se fait entre vignes et vergers. Puis, après 40 km, le vert s'efface au profit du marron, les virages deviennent des lignes droites, la fraîcheur laisse place à la chaleur. Et cette étape devient alors aussi ennuyeuse que les précédentes. A la différence près qu'elle est dangereuse du fait de la très forte circulation. 100 kilomètres plus loin, le vert réapparaît, la route sinue de nouveau, puis plus loin Mendoza m'apparaît, s'étendant devant moi. J'ai fait 174 kilomètres(l'étape la plus longue de ce voyage). Je suis en vacances pour de bon !

C'est Pablo et Sandra qui m'accueillent. Tous deux champions d'Argentine de VTT, ils m'invitent à déjeuner. Malheureusement ils doivent quitter Mendoza demain, alors c'est au tour de Silvina et Leo de s'occuper de moi. Ils me déposent chez les parents de Silvina où je resterai jusqu'au 29 décembre, jour ou je prendrai le bus pour Santiago. Je passerai la soirée avec ce couple très charmant puis avec ses parents. Comme dans toute maison argentine, j'ai droit à la phrase suivante : "Notre maison est ta maison". Les Argentins ont l'art de vous mettre à l'aise chez eux !

Pour débuter ces vacances je me rend dans un Tenedor libre (que l'on peut traduire littéralement par "fourchette libre" dont l'Argentine est spécialiste. C'est le restaurant "las Tinajas" qui m'ouvre ses portes. à l'intérieur, un buffet gargantuesque composé d'une centaine de plats en tous genres. Pour 21 pesos en semaine, on mange a volonté. Après mon séjour prolongé à San Juan, mon estomac est entraîné à ingurgiter de grandes quantités d'aliments. Je déguste donc avec voracité les crudités, charcuterie, salades, légumes en tous genres, riz, pâtes, pommes de terre, calamars, empanadas, viandes ou saucisses braisées, pizzas, poissons, crêpes flambées,salades de fruits, glaces, et j'en oublie sûrement. Je ne commet pas la même erreur faite au Plaza Hotel de La Paz, et je m'arrête à la 4eme assiette pour pouvoir profiter pleinement des desserts. Et malgré toute la volonté du monde, je dois me résigner a quitter le restaurant après deux heures, sans vomir cette fois-ci, mais le ventre bien plein. Quelle désolation de voir toute cette nourriture a disposition sans toutefois pouvoir en avaler un gramme de plus. Le Tenedor Libre sort toujours vainqueur.

Je suis donc en vacances pour quelques jours. Mes parents ainsi que ma soeur arrivent à Santiago du Chili le 30 décembre tôt le matin. Je les retrouverai en bus. Nous passerons une petite quinzaine de jours ensemble à visiter le sud de l'Argentine et la péninsule au sud de Puerto Montt au Chili. Je reviendrai ensuite à Mendoza pour la seconde partie de ce voyage. Ce sera autour du 15 janvier.

Je vous souhaite donc à toutes et à tous de passer de bonnes fêtes de fin d'année et de bonnes vacances pour ceux qui en ont. Je vous remercie d'avoir suivi ce voyage jusque là et je compte sur vous pour les 4000 prochains kilomètres, qui nous feront découvrir des régions faisant partie des plus belles du monde...

A très bientôt !!

Julien

Depuis le début en Amérique latine :
- 100 jours de voyage
- 6426 kilomètres effectués
- 480 heures de vélo
- dépenses totales : 555 euros (5,5 euro par jour) (247 euros au Pérou, 118 euros en Bolivie et 190 euros en Argentine)

PS : désolé pour les photos, il n'y en a pas pour la dernière étape car mon appareil photo est en réparation. Je le récupère avant le 29 si tout va bien...

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et autres petites histoires cyclopédiques(Auto-édité, 2013)


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11000 km à vélo en Amérique du sud (2009)


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