Retrouvez le récit de ce voyage à vélo en Amérique du sud dans le livre 304 pages dont 16 de photos couleur. Prix public : 18 euros. |
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Je quitte mes hôtes le mardi matin et me dirige en direction du port Tres Puntes où se trouve le ferry qui me fera traverser le canal de Magellan. Sur la route je rattrape Cari, Jude et Leah, les trois américaines que j'avais rencontré à El Bolson. Elles aussi se dirigent vers Ushuaia. Je les ai revue hier et nous nous étions donné rendez vous sur le bateau.
Nous embarquons à 8h00 et quittons le port une heure plus tard. Cette fois ci c'en est bel et bien terminé du continent. La terre de feu se rapproche, doucement. Il nous faut plus de 2h00 pour traverser ce canal, à l'endroit où il est le plus large (35 km). Nous sommes accompagnés sur les derniers mètres par un groupe de dauphins. Le spectacle est magique et nous fait oublier le mauvais temps qui sévit a l'extérieur. Arrivé sur l'île, nous allons à la rencontre d'un anglais cyclovoyageur. Il a débuté son voyage il y a 6 jours et s'en va jusqu'au Pérou. Il va faire la route que j'ai effectuée mais en sens inverse. Je suis à la fin, il est au début. Je lui souhaite bon courage, il me souhaite un bon repos.
Porvenir se situe à 5 km du quai d'embarquement. J'abandonne ici mes trois compagnes de voyage. Elles ont le temps pour arriver à Ushuaia et veulent s'arrêter ici pour la journée. Le temps n'est pas au beau fixe. J'ai ressorti gants, écharpe, veste chaude et bonnet. Il pleut, il fait froid. Brook et Ethan m'avaient parlé d'un vent de dos violent lorsqu'ils étaient passés ici la semaine dernière. Et d'autres cyclistes rencontrés avant Porvenir nous avaient mis en garde contre le vent très fort. Mais ce matin les herbes sur le bord de route ne sont pas agitées par le moindre frémissement. La terre de feu est bien calme, trop calme pense-je. Dès les premiers coups de pédale ce territoire me séduit. La circulation est quasi inexistante et je me retrouve seul a évoluer dans ces grands espaces. Le ripio est de bonne qualité, les paysages m'apaisent. Je retrouve la même sensation que celle que j'avais eu lorsque j'étais allé au cap reinga, au nord de la Nouvelle Zélande. Cette sensation étrange d'être sur une route qui ne mène à nul part. Je longe durant de longs kilomètres la "baie inutile". La terre s'avance en des falaises abruptes sur la baie, ou se retirent en de larges plages de galets. A ma gauche, des petites collines sont recouvertes d'arbustes et d'herbe jaune. Je traverse une fois de plus de gigantesques estancias. On élève ici beaucoup de brebis, mais c'est pourtant les guanacos que je verrai le plus. Eux se moquent bien des clôtures qui longent la route de part et d'autre, et les sautent avec agilité lorsque je m'approche de trop près.
Je déjeune avec les dauphins. Assis sur une falaise a quelques mètres au dessus de l'eau, je les observe s'agiter devant moi. Ils ressortent à intervalle de temps régulier pour pouvoir respirer puis replongent avec une souplesse fascinante. Ils passent ainsi devant moi par groupe de 4 ou 5 puis s'en vont plus loin vers l'intérieur de la baie. Je les suis alors un moment à vélo puis les laisse à leur repas. Je repars avec ces images en tête, images que je me repasse en boucle durant les prochains kilomètres.
Avant de venir ici j'espérais avoir un vent de dos pour rejoindre Rio Grande en deux jours. Mais lorsque le vent se décide enfin a se lever, il me vient de face. Brook et Ethan m'avaient dit avancer ici a 40 km/h sans pédaler. Pour ma part j'avance péniblement à 10 km/h. Je parviens tout de même a dépasser la baie inutile après 100 kilomètres. L'étendue d'eau est immédiatement remplacée par une étendue d'herbe. Le tracé de la route devient plus rectiligne, le relief s'aplanit encore davantage, et le vent se fait plus violent, accompagné cette fois ci par la pluie. Le temps ne ressemble en rien à ce que j'avais espéré ! Je m'arrête après 115 km au milieu d'une longue ligne droite. Je plante rapidement ma tente et m'y abrite, apaisé par le fait d'arrêter de pédaler. La nuit tombe rapidement. Il pleut, il vente. J'ai froid.
Je repars à 10h00 le lendemain matin. J'ai renoncé a atteindre Rio grande ce soir. Je veux seulement m'en approcher à moins de 30 km. La pluie ne s'est pas arrêté de tomber durant la nuit et m'accompagne toute la journée. Pluie fine et froide qui m'oblige a me protéger derrière mes vêtements chauds. Le vent est toujours présent, de face. Il me fouette le visage et le blesse. Je déjeune au poste frontière de San Sebastian. C'est ici que je quitte officiellement et pour la dernière fois le Chili. Quelques kilomètres plus loin un panneau m'indique mon entrée en Argentine. Ce panneau est immédiatement suivi par un autre indiquant la distance qui me sépare à Ushuaia . 320 kilomètres. Ushuaia. Je prononçais ce nom avec timidité il y a six mois lorsque je quittais Lima. Je peux maintenant le lire sur les panneaux : Ushuaia, 320 kilomètres. En me retournant sur la route que je viens de parcourir et qui se perd dans l'immensité de la terre de feu, j'ai envie de planter ici un autre panneau où j'écrirai en petites lettres :
Lima, 10 900 km.
Lima, 10 900 kilomètres. Je prononce ces quelques mots avec timidité, ayant peine a réaliser l'étendue de ce voyage. Lima, 10 900 kilometres ; Ushuaia, 320 kilomètres. Suis-je vraiment aussi près de la fin ? Suis-je vraiment aussi loin de Lima ? Le départ de ce tour me paraît pourtant encore très proche. Attendant sur la place centrale un journaliste qui ne viendra jamais, je discute avec un responsable de la sécurité de la mairie qui se trouve de l'autre côté de la place. Après de longues minutes il me quitte pour retrouver son travail. Il me souhaite bonne chance pour le long voyage que je m'apprête a débuter. J'attends encore. 5 minutes, 10 minutes. C'est alors que des questions me viennent. Jamais je ne me les étais posée avant. Est-ce que je vais y arriver ? Vais-je pouvoir supporter l'altitude ? Ce voyage n'est-il pas trop long, pas trop dur ? Ai-je vraiment envie de parcourir 11 000 km à vélo ? A ce moment précis du voyage, voyage qui n'avait pourtant pas encore commencé, j'ai failli renoncer. Car il n'était pas encore trop tard, je pouvais faire demi tour et retrouver ma famille, mes amis et tous ceux que j'aime en France. Puis je me suis finalement lancé dans la jungle de la capitale péruvienne, pédalant avec furie pour ne pas me faire avaler par la densité et la pollution des combis. J'ai alors commencé a monter, monter, pendant plus de trois jours. Le quatrième jour j'étais rendu à 4818 mètres d'altitude. La tête dans les nuages, la tête oppressée par le mal de l'altitude, j'étais heureux. Et du haut de ces 4818 mètres d'altitude je pouvais déjà voir Ushuaia, au loin, la bas. Ce jour la je le savais, le plus dur avait été fait.
Ushuaia, 320 kilomètres. Il me reste trois jours et demi de vélo. Toutes les réponses à mes questions me viennent alors. Non, ce voyage n'était pas trop dur. Non, ce voyage n'était pas trop long. Oui, j'ai pu faire ces 11 000 kilomètres qui séparent Lima d'Ushuaia. Ce voyage a été plein, du début jusqu'à la fin. Je n'ai eu qu'une journée de blues, une journée où, au milieu de la carratera australe du Chili, j'aurai voulu voir le panneau "Ushuaia" devant moi, pour pouvoir enfin arrêter de pédaler, me reposer. Une petite journée sur les 200 jours passés ici. Tout le reste n'a été que bonheur, découverte, écoute, fascination, rires, pleurs, partage et que sais-je encore. Alors, dans 320 kilomètres, je descendrai du vélo. Je serai heureux, je le sais. heureux d'avoir terminé ce voyage, d'avoir accompli ma mission pour la promotion du don du sang du mieux que j'ai pu. Je ne serai pas triste non plus, car après le voyage tant de choses m'attendent en France, avec l'écriture de trois livres, les conférences a faire dans les quatre coins de la France, et peut-être encore d'autres voyages a préparer. Peut-être. Je ne le sais pas encore. Car si ce voyage m'a apporté beaucoup il ne m'a pas encore aidé a répondre à certaines questions concernant mon avenir professionnel. Peu importe. Si la cordillère ne me l'a pas dit, l'avenir s'en chargera.
Je passe la frontière Argentine à 15h00. Le reste de l'après-midi est consacré a réduire aussi vite que possible la distance me séparant du point final. Cette fois ci le relief est plat, parfaitement plat et la progression est ainsi facilitée. Alors que ce matin ce sont des terrains minés qui m'ont interpellés, cet après-midi ce sont les pompes à pétrole qui attirent mon regard. Ici aussi on suce le sang de la terre. Et c'est Total qui s'en charge... Comme la veille, je m'endormirai sur le bord de la route, sous la pluie, le vent et le froid. Il me reste moins de 300 kilomètres. Cette idée m'aide a me réchauffer.
Rio Grande s'approche péniblement. Je souffre de nouveau de crampes du à une mauvaise hydratation. Peu à peu les usines apparaissent. Rio Grande n'a rien d'une station touristique. Il s'agit d'une ville industrielle. Alors que je passe les premières maisons, un bruit me sort de mes pensées. Je détourne mon regard de la route et vois à ma droite une femme en peignoir me faire de grands signes.
- Julien ! Julien !
A l'écoute de mon nom je m'arrête et m'approche. Il s'agit de Carolina. Cette femme est en charge de mon accueil à Rio Grande. Elle vient de se lever et m'a aperçu par la fenêtre alors elle s'est précipitée dehors pour me héler. En l'écoutant je découvre avec stupeur que toute une organisation s'est mise en place pour m'accueillir ici. L'histoire a en réalité débuté à San Juan, lorsque j'étais dans la famille d'Ivana. Cette dernière a une amie, Cristina, habitant à mar del Plata au sud de buenos Aires. Cette dernière connaît un cyclovoyageur argentin de 72 ans : un personnage. Celui ci a fait des pieds et des mains pour trouver des personnes pouvant m'accueillir en terre de feu. Il a trouvé Carolina. Cette dernière s'est mise en contact avec un groupe de cyclistes de la ville. Certains m'accompagneront pour aller jusqu'à Tolhuin. Elle s'est également rapprochée de Pablo, le responsable du club Nautique. C'est là-bas que j'irai dormir. Il était convenu que le poste frontière prévienne Carolina lorsque je passerai la frontière (je n'étais pas au courant de cette manoeuvre). N'ayant pas de nouvelles en soirée, Carolina les a appelé. Ils ont alors confirmé que j'étais rentré en Argentine à 15h00. Carolina, pablo et d'autres cyclistes sont alors partis à ma recherche dans Rio Grande, frappant aux portes de tous les hôtels et auberges. Ils ont alors rencontré deux français cyclovoyageurs. Eux ont fait une petite portion en bus du fait du mauvais temps et m'ont ainsi doublé dans la journée. Ils sont certains que je n'ai pas pu rejoindre la ville en soirée. Alors Carolina et sa troupe s'en vont dormir avec ces dernières informations. A cette heure ci j'étais blotti dans ma tente à 20 km de là. Et ce matin, enfin, Carolina m'a vu passer devant sa maison. Après ces longues péripéties me voilà a prendre le petit déjeuner avec elle et ses deux enfants âgés de 6 et 9 ans et parlant un anglais impeccable. Pablo arrive quelques minutes plus tard. Nous nous rendons tous au club nautique où je m'installe. Je rencontre ici les deux français cyclovoyageurs que Carolina est allée chercher a leur hôtel. Eux viennent de Quito. Cela fait 10 mois qu'ils sont sur les routes. N'étant pas sur d'avoir du temps aujourd'hui nous nous promettons de boire une bière à la santé de la Cordillère des Andes à Ushuaia.
Après une douche très appréciée je me rends avec Pablo à la radio locale. La présentatrice a régulièrement besoin de recevoir des plaquettes, et est alors davantage sensible à mon voyage et mon message. Elle m'explique que ses plaquettes lui arrivent chaque mois de Cordoba, congelées. il n'y a pas de banque de sang importante en terre de feu, et sa survie dépend de donneurs du nord du pays et de la non rupture de la chaîne du froid lors du transport des plaquettes jusqu'à elle... Après l'interview d'une demi heure je mange quelques empanadas avec pablo et sa famille.. Pablo m'explique un peu la situation de la terre de feu, cette région la plus australe de l'Amérique latine. Encore une fois, elle est bien différente de l'image que l'on en a vu de France. Jusqu'en 1978, cette île était peuplée a 70% de chiliens. Le coté argentin était donc très peu peuplé. Rio Grande était a l'époque plus petit que Porvenir, et comptait moins de 2 000 habitants. Le gouvernement a alors voulu peupler cette île pour qu'elle soit en majorité peuplée d'argentins. Ce, dans le but de ne pas la voir passer aux mains des chiliens. Ils ont donc mis en place une politique pour favoriser l'implantation d'usines, d'entreprises en tout genre. Cela s'est fait en déclarant la terre de feu comme une "zone défavorisée". Ceux qui s'installent ici voient alors leur salaire doubler par une prime de l'état conséquente. Ainsi, le peuplement s'est vu augmenter d'une façon anarchique. Et en 30 ans, la population de la terre de feu est passée de 15 000 habitants a plus de 120 000. Rio Grande est aujourd'hui une ville de plus de 60 000 habitants. Cette augmentation de la population s'est faite de facon anarchique, sans plan d'urbanisme. Rio Grande est alors une ville sans aucun charme où fleurissent les usines. Et la grande majorité de la population qui vit ici a été attirée par la terre de feu par l'appât du gain. Eux ne se préoccupent guère de l'environnement dans lequel ils vivent. Ils sont ici pour l'argent, pour s'enrichir rapidement puis repartir. Alors le respect de cette terre pourtant exceptionnelle ne fait pas partie de leur préoccupation.
Je laisse donc passer une journée à Rio Grande, journée durant laquelle il a plu par intermittence. C'est le samedi matin que je reprends les rênes de Teresa. Pour ces deux derniers jours un groupe de cyclistes m'accompagne. Nous sommes 7 a quitter Rio Grande. Après une photo devant la truite géante sculptée à la sortie de la ville nous nous élançons. C'est d'abord un vent de côté qui nous freine, mais la route tournant à 90 degrés après 5 km, nous sommes agréablement poussés par un vent violent, le vent patagonien, enfin ! 70 km plus loin la pampa est peu a peu remplacée par des arbres. Le vent s'apaise un peu. Le groupe de cyclistes est constitué de toute sorte de sportifs. Des âgés, des plus jeunes, des expérimentés ou des cyclistes du dimanche. Et le tout forme un groupe sympathique que j'apprends a connaître au fil des kilomètres.
Nous arrivons finalement à Tohuin. Il y a 24 ans, ce petit village comptait 80 habitants. C'est a ce moment la que Emilio y a ouvert sa boulangerie, la première du village. Aujourd'hui Tolhuin compte 5000 habitants et la boulangerie avec ses 30 ouvriers est le lieu d'arrêt obligé en Terre de feu. Un endroit où tous les touristes s'arrêtent, et les personnalités aussi. Car Emilio aime la photo, et surtout se faire photographier avec les sportifs, stars du showbiz, politiques ou autres personnalités d'Argentine. Ses murs sont alors tapissés de ce genre de photos. Mais Emilio fait également d'excellents facturas (même si j'ai du lui avouer que ceux de Don Luis à El Calafate restent pour moi les meilleurs d'Argentine) et surtout un pain remarquable.
Emilio s'est fait un plaisir de m'accueillir pour mon passage dans la ville, ainsi que mes compagnons. Il nous reçoit avec quelques empanadas et des sandwichs et nous offre la douche dans une petite salle de la boulangerie. Gustavo, un cyclo qui a fait la route avec moi aujourd'hui, est ami d'Emilio et le convainc de nous suivre demain jusqu'à Ushuaia. Depuis ses 50 ans (Emilio en compte 54), il a pour habitude de fêter ses anniversaires en faisant Tolhuin - Rio Grande a vélo, et ceci fera un excellent entraînement pour le jour de ses 55 ans.
Le lendemain à 9 h00 Emilio est à nos côtés pour la dernière étape de ce voyage. D'autres cyclistes comme José, le gérant d'une boutique de vélo de Rio Grande, ont du repartir, d'autres les ont remplacés. Nous sommes 8 a nous élancer de la boulangerie "La Union" à 9h00 ce dimanche matin. Avec nous également 3 voitures suiveuses. Les paysages sont bien différents de ceux traversés hier. La forêt, lorsqu'elle n'est pas brûlée par des incendies, affiche les premières couleurs de l'automne et recouvre toutes les montagnes dominant les lacs. Après 50 kilomètres, la route s'élève. Ushuaia est la seule ville d'Argentine qui se situe du coté ouest de la cordillère des Andes. Il me faut alors retraverser cette montagne. Une dernière fois. La cordillère des Andes aura été le fil directeur de ce voyage, le cordon qui relie Lima à Ushuaia. L'ascension du col de Garibaldi se fait alors avec beaucoup d'émotion.
Une fois le col passé, la route ondule doucement. Nous nous arrêtons maintes fois pour attendre les retardataires, profiter des paysages et des facturas d'Emilio. Finalement c'est en peloton groupé que nous arrivons à Ushuaia. Il est 17h00 lorsque nous faisons une photo de groupe devant le panneau annonçant la bienvenue à cette ville, dite la plus australe du monde. Pour combien de temps encore ? Puisque de l'autre coté du canal de Bengal, le village de Puerto Williams, comptant 2000 habitants, s'efforce de s'agrandir pour décrocher ce titre tant envié. Une compétition de plus entre le Chili et l'Argentine.
Tous doivent repartir, à Tolhuin ou Rio Grande, alors nous nous séparons ici. L'arrivée officielle étant prévue pour 10h00 le lendemain, je m'en vais planter ma tente de l'autre côté de la route. Dernière nuit en tente. Je passe et repasse ces 6 mois de voyage et repense à tous les bivouacs effectués. J'aurai dormi sur et sous les ponts, dans des déserts de sel ou de sable, dans des maisons abandonnées, sur des places de village, dans des commissariats ou dans des familles ô combien chaleureuses, dans des hôtels parfois, le plus souvent invité par le rotary club, à la belle étoile enfin, sur une dune de sable ou sur le bas côté de la route. Plus de 180 nuits entre le Pérou et l'Argentine. Ce soir c'est la dernière. Je suis sur un petit carré d'herbe verte, juste sous la route, en face du panneau d'entrée de la ville d'Ushuaia. Des arbres me protègent des intempéries. Je suis bien mais n'arrive cependant pas à dormir.
Je me lève de trop bonne heure. Il pleut, je dois attendre 10h00 pour arriver au port. Alors je m'y rends avec lenteur, je m'arrête, apprécie l'arc en ciel qui traverse la ville. Juste avant d'arriver au port je croise José. Il était ici pour participer a une compétition de VTT qu'il a brillamment remporté (il m'offre la médaille en guise de souvenir). Il m'accompagne pour le dernier kilomètre. Nous arrivons au port à 10h00. Il n y a personne. Nous attendons, toujours personne. Finalement nous nous rendons au camping rio pipo construit par le gouvernement pour y recevoir les sportifs venant ici pour des compétitions. J'y logerai durant tout le séjour ici. L'accueil prévu à Ushuaia est un fiasco ! La personne en charge de me recevoir a du s'endormir et ne nous a pas vu au point de rendez vous... Nous le retrouvons finalement et il me conduit à la chaîne de télévision locale pour le dernier interview de ce voyage.
Le voyage est donc terminé...En 189 jours de voyage, 11 221 kilomètres ont été parcourus. C'est avec une immense joie que je pose le vélo ici. Les derniers kilomètres se sont fait avec grand bonheur. J'ai eu cette chance inouïe d'être accompagné par ce groupe de cyclistes joyeux, parfois délurés. Alors cette fin de voyage représentera un des meilleurs souvenirs de ces 6 mois. Je l'avais espéré bonne, elle a été exceptionnelle.
Durant l'après-midi je me promènerai dans Ushuaia. Je m'arrête sur les quais. Pensif, je regarde devant moi le canal de Bengal et un bateau de croisière qui décharge quantité de touristes. Touristes venus ici pour voir, dit-on, le bout du monde. Car Ushuaia a bâtit tout sa notoriété sur cette appellation. Ainsi me voilà au bout du monde ? Les chiliens me disent pourtant que la fin du monde n'est pas ici mais bien quelques kilomètres plus bas, à Puerto Williams. Mais que représentent ces quelques kilomètres à l'échelle de ce voyage ? Et même si je me rendrai à Puerto Williams, je me poserai la même question en regardant l'Antartique. Est-ce le bout du monde ?
Officiellement, il s'agit de mon deuxième bout du monde atteint en bicyclette. En 2005, je m'étais rendu à Gisborne, la première ville du monde a voir le soleil se lever. Le bout du monde, combien en existe-t-il réellement ? Il doit en exister bien plus de 2, des dizaines probablement, des milliers en réalité. Car chaque lieu de ce monde est un bout du monde pour la personne vivant a l'antipode.
Assis en tailleur sur le port, je regarde l'horizon. Teresa est à mes côtés. Combien de bouts de ce monde vais-je encore voir avec elle ? Cette pensée, je la laisse s'évader dans l'horizon. Peut-être s'arrêtera t-elle sur un autre continent, sur des terres que parcourrai lors d'un autre voyage. La réponse me sera sûrement donnée dans les prochains mois...
Depuis les débuts de l'aventure des voyageurs au grand coeur, 28783 kilomètres ont été parcourus en 25 pays (en prenant en compte le Kosovo comme un pays). Ce cinquième voyage a été une étape importante de ce tour du monde. Je m'en vais maintenant me reposer pour de nombreux mois. D'ici la fin de l'année deux nouveaux livres devraient voir le jour, celui relatant le deuxième voyage dans les Balkans et celui de cette traversée d'Amérique latine. A suivre...
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