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Tourisme, identité, territoire... Le cas du Cézallier.

Etude de géographie humaine.


Pendant deux ans, j'ai étudié ce magnifique plateau basaltique situé en Auvergne, à cheval sur le département du Cantal et du Puy-de-Dôme. Le cézallier. A la recherche des gens, j'ai arpenté ses collines, à la fois douces et rudes, pour connaître l'identité de ce territoire, longtemps délaissé par ses habitants, et pourtant si puissant. Lisez dans ces quelques pages quelques résultats de cette étude portée sur le magnifique plateau du Cézallier.



Avant propos
introduction
limites géographiques du cézallier
espace vécu
l'espace perçu par les habitants
le sentiment d'appartenance
La représentation du Cézallier par ses habitants et les touristes
le Cézallier et l'Aubrac, deux frères jumeaux
le tourisme, activité fédératrice ?
conclusion

Après avoir étudié la délimitation du territoire Cézallier par ses habitants, nous allons nous intéresser à sa représentation. Qu’est-ce que le Cézallier ? Là encore, la travail d’enquête est primordial pour répondre à cette question. Il est très intéressant de connaître la vision qu’ont les habitants de leur territoire pour pouvoir en déterminer les composantes dominantes, ceci dans le but de définir l’identité du plateau. Cette dernière dépend de la vision des autochtones, mais également des personnes extérieures. Ainsi, les mêmes questions ont été posées aux touristes, pour pouvoir comparer les deux visions du Cézallier : le Cézallier vu de l’intérieur et le Cézallier vu de l’extérieur. Même si nous analysons dans ce chapitre la perception des autochtones, nous parlerons également ici de la perception des touristes, pour pouvoir comparer les résultats. Cette comparaison apparaît très intéressante, et nous semble impérative pour répondre à notre problématique.

Source : Julien Leblay, d’après les enquêtes personnelles.
Tableau 2 : Les caractéristiques du Cézallier, selon les autochtones et les touristes

  • La « montagne à vaches ».

    Pour beaucoup d’autochtones, le Cézallier est avant tout un espace d’altitude : « c’est la montagne le Cézallier ». Aussi, 40 personnes le définissent suivant ce critère : c’est une montagne, un plateau d’altitude. Cette montagne est le plus souvent associée aux estives, aux pâturages (38 personnes), et donc, à la vache Salers (24 personnes). Beaucoup m’ont dit que c’était une « montagne d’estive », avec « de belles vaches rouges, les plus belles du monde ». Le Cézallier est une « montagne verte », la « montagne à vaches ».

    Les touristes la décrivent de la même manière. Il s’agit pour 41 d’entre eux d’un espace vert, de pâturages. Cet espace est en altitude pour 28 d’entre eux, avec « plein de vaches » pour 27.

    Une nuance apparaît dans le terme de « montagne », suivant que l’on interroge un touriste ou un habitant du Cézallier. Les touristes décrivent le Cézallier comme une « moyenne montagne », une « montagne douce », avec des « lignes douces, pas comme en haute montagne ». D’ailleurs, 40 % d’entre eux le voient comme un espace vallonné : ce n’est pas la description que l’on fait généralement pour décrire une montagne. Au contraire, les autochtones le voient plus comme une véritable montagne : « Le Cézallier, c’est la montagne ». Cette description s’associe à un climat montagnard : « Le Cézallier, c’est là où il y a les congères. Quand il n’y a plus de congères, ce n’est plus le Cézallier ». Ainsi, aucun Cézallierien interrogé ne décrit le plateau comme un espace vallonné.

    Cette nuance entre une montagne rude pour les autochtones et une montagne douce pour les touristes peut s’expliquer par le fait que les premiers y vivent toute l’année alors que les seconds ne le voient que pendant la saison estivale. Ils ne subissent pas les contraintes liées à l’altitude de la même manière. Pour les touristes, c’est « l’altitude idéale », ni trop chaud, ni trop frais. Pour les autochtones, dès qu’arrive l’hiver, l’altitude rentre en jeu et apporte de nombreuses contraintes dans la vie de chacun, et de la société en général (travail pénible, déplacements limités voir impossibles, solitude…)

  • « Un désert vert, sauvage »

    Associé à ces pâturages, l’immensité caractérise le plateau pour 14 autochtones et 22 touristes. En fait, ces personnes m’ont explicitement dit que pour eux, le Cézallier représente une immensité. « Des pâturages à perte de vue », « vastes pâturages ». Mais pour ceux qui ont cité le pâturage sans l’immensité, on peut penser que la notion d’étendue est comprise dans le terme « pâturages ».

    Ces grands pâturages, à perte de vue, rapprochent le Cézallier de la notion de désert. « C’est un désert vert ». Cette notion est accentuée par le fait qu’il est peu peuplé, ce qui est une caractéristique pour 8 personnes, et sauvage (dans le sens « peu touché par l’homme ») pour 6 personnes. D’ailleurs, cette notion de « désert sauvage » est ambiguë. Beaucoup me disent que c’est « un plateau sauvage avec beaucoup de vaches ». Une énorme contradiction est présente dans cette phrase. En effet, la vache est l’animal domestique par excellence, et n’a donc rien de sauvage. Le fait de noter que la vache est omniprésente sur le plateau traduit l’empreinte de l’Homme sur cet espace. Or, le plateau reste « sauvage », peu touché par l’Homme, protégé. Ceci montre que l’Homme a su vivre en symbiose avec la nature sur le Cézallier. La société paysanne n’a pas voulu dominer la nature, mais a cherché à la comprendre pour vivre en communion avec elle. Le paysage du Cézallier a été construit par les hommes, mais la nature a été préservée et elle s’exprime dans toute sa puissance. Ainsi, cette montagne à vache, exploitée par les hommes, reste sauvage. Peu d’espaces peuvent se vanter d’avoir une telle harmonie entre l’Homme et la nature, deux éléments qui se confrontent si souvent.

    Source : Julien Leblay, d’après les enquêtes personnelles.
    Tableau 3 : Les sensations ressenties sur le plateau du Cézallier.

    Une autre contradiction apparaît dans l’imaginaire des gens lorsqu’ils le décrivent comme un désert. Cette comparaison a été faite par 13 autochtones et 13 touristes. Pour eux, le Cézallier ressemble à un « plateau lunaire », un « désert vert », un « paysage lunaire », une « ambiance apocalyptique ». Une personne m’a dit qu’on croirait qu’une météorite s’était écrasée sur le Cézallier (peut-être là où se situe un des nombreux lacs du plateau) et que depuis, tout est resté figé. Généralement, ces descriptions font appel à une sensation d’angoisse, de peur. Le désert n’est généralement pas un espace rassurant pour les hommes. Or, les sensations qu’ont les habitants du Cézallier sont celles de calme, de liberté et de bien-être. Une seule personne s’est dite angoissée. Cela traduit la magie de cet espace. Le Cézallier est un désert où l’on se sent serein. C’est une force énorme que possède ce plateau. Nous sommes subjugués par la puissance de ces paysages, les sensations que l’on ressent, l’ambiance « stratosphérique » qui y règne. Le Cézallier, c’est « l’ivresse de la liberté ». A première vue, c’est un désert, mais en fait il est rempli d’une ambiance qui nous saoule et nous libère. On est « entre terre et ciel » lorsque l’on est sur le plateau.

    24 touristes notent que le Cézallier est un plateau vallonné. Ainsi, il ressemble à un « pays de dunes au bord de la mer », à « un océan de verdure avec des vagues ». Ceci fait allusion au désert (désert de sable ou désert d’eau). D’autres, tout aussi poétiques, le comparent à la « poitrine d’une femme », à une « femme allongée ». Ceux là font allusion à la femme pour les reliefs arrondis, mais également pour la douceur du plateau, le calme, la sécurité.

    Lorsque vous irez sur le Cézallier, faites cette expérience : prenez un des nombreux chemins du cœur du plateau, autour de la Godivelle par exemple. Sortez des sentiers battus et asseyez-vous derrière une butte (une dune, une vague ou un sein, au choix !). Et là, contemplez ce qui s’offre à vous, écoutez les mélodies et respirez. Vous aurez alors la même sensation que lorsque l’on contemple la mer. Le temps s’arrête, on écoute et on regarde à l’horizon, on s’enivre de mille émotions. Les vallons se transforment en vagues qui nous transportent ailleurs et nous bercent. Toutes ces sensations sont captées par les autochtones et les touristes, qui se sentent bien, en sécurité, au calme et libre, dans un environnement pur. Beaucoup disent que lorsqu’ils viennent ici, tous leurs soucis disparaissent, et qu’il leur est ainsi très difficile de repartir.

  • la carte postale du Cézallier.

    Si vous ne deviez retenir qu’une seule image du Cézallier, quelle serait-elle ? ». La réponse la plus répandue est « un troupeau de Salers au milieu des pâturages, parfois vallonnés ». Cette carte postale est parfois complétée avec un buron et une fleur de gentiane. Une carte postale digne des plus beaux tableaux d’impressionnistes. Voici donc ce qui caractérise notre plateau : les Salers, les pâturages, les burons et la gentiane. L’identité doit donc s’appuyer sur ces éléments.
    Après avoir reçu cette magnifique carte postale, il ne vous reste plus qu’à venir le découvrir. D’ailleurs, beaucoup d’habitants ou de personnes venant le visiter vous le diront « On ne peut pas le décrire, il faut venir le voir, c’est indescriptible ».

  • Un lieu unique

    Certains comparent le Cézallier au Far West, à la Mongolie, à la Pampa, ou encore aux Causses ou aux Vosges. Mais au final, le Cézallier reste pour la majorité des personnes interrogées un endroit unique, à propos duquel les amoureux ont du mal à trouver les mots pour le décrire. Il s’agit d’un désert qui nous transperce d’émotions et qui dégage une puissance impalpable, surnaturelle. Mais ce désert est humanisé, arpenté par des vaches, accueillant et où il fait bon vivre. Il représente à peu près la même chose pour tous. Malheureusement, peu le connaisse, qu’ils soient habitants ou touristes. Deux explications apparaissent : d’une part le manque de déplacements au sein du plateau, dû à la crise de la société agricole ; d’autre part une activité touristique encore peu développée. Ainsi, le Cézallier a du mal à être délimité par ses habitants alors qu’il nourrit leur imaginaire. Une énorme contradiction existe chez eux : ils aiment leur plateau mais ne le connaissent pas. Ceci aboutit à une crise identitaire, qui va en s’accentuant.

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