Pendant deux ans, j'ai étudié ce magnifique plateau basaltique situé en Auvergne, à cheval sur le département du Cantal et du Puy-de-Dôme. Le cézallier.
A la recherche des gens, j'ai arpenté ses collines, à la fois douces et rudes, pour connaître l'identité de ce territoire, longtemps délaissé par ses habitants, et pourtant si puissant. Lisez dans ces quelques pages quelques résultats de cette étude portée sur le magnifique plateau du Cézallier.
Avant propos
introduction
limites géographiques du cézallier
espace vécu
l'espace perçu par les habitants
le sentiment d'appartenance
La représentation du Cézallier par ses habitants et les touristes
le Cézallier et l'Aubrac, deux frères jumeaux
le tourisme, activité fédératrice ?
conclusion
L’espace vécu par un individu correspond à son aire de déplacements, de relations, de fréquentations. Y sont inclus sa maison, son lieu de travail, l’ensemble des services et commerces fréquentés, ses lieux de loisirs et tous les axes de communication les reliant. Dans ce concept viennent s’ajouter les « interrelations sociales qui s’y nouent » ainsi que « les valeurs psychologiques qui y sont projetées et perçues » (Di Méo, 2001). L’individu a conscience de l’existence de cet espace de vie qu’il fréquente et y apporte une note affective.
Il est intéressant de connaître les déplacements des habitants sur leur espace pour comprendre les points faibles ou les points forts de la structure territoriale. Un espace très fréquenté par ses habitants démontre une qualité de services et des infrastructures suffisantes. Au contraire, si les habitants se déplacent en dehors de leur territoire pour aller faire leurs courses ou aller voir le vétérinaire, cela dénote la faiblesse du territoire en question. Les enquêtes (sur le terrain et téléphonique) ont permis d’étudier les déplacements des Cézallieriens sur leur espace. Cela permet de situer les pôles d'attraction locaux pour les services banaux et anomaux.
Pour les services banaux (pain, boucherie), les habitants du Cézallier ont de plus en plus recours à des commerçants-artisans ambulants, qui leur apportent les produits à domicile. Ces derniers ont à couvrir une distance de plus en plus grande, du fait des cessations d'activité de leurs collègues. Toutes les communes sont desservies une ou plusieurs fois par semaine par ces marchands itinérants. Hormis ce mode de vente à domicile pour le pain et la boucherie, les Cézallieriens se déplacent beaucoup en périphérie du plateau (figure 9). Ceci est du à plusieurs facteurs.
Les services sont insuffisants. On choisit son lieu de courses suivant l’offre proposée. On préfère aller dans un bourg où l'on trouve une banque, un supermarché, un boulanger, un boucher et une pharmacie par exemple. On note que ces bourgs sont quasi inexistants sur le Cézallier. Seul Allanche dénombre une quantité de services encore suffisante.
Nous nous déplaçons également en fonction de l'accessibilité. Le rôle des infrastructures de transport est primordial. Or, elles sont de mauvaise qualité sur le Cézallier et en nombre insuffisant. (figure 10). Ainsi, des personnes de Molèdes nous disent que "l'hiver, on va faire nos courses à Massiac alors que l'été on va parfois à Allanche". Pour la même distance, Massiac est privilégié car l'accès y est plus facile. Les routes sont mal déneigées l'hiver pour se rendre à Allanche. Ceci est vrai pour l’ensemble du plateau.
De ce fait, le Cézallier est peu à peu délaissé par ses habitants, y compris pour les services banaux. Une différence est notable entre le Cantal et le Puy-de-Dôme. Alors que le premier reste relativement bien pourvu en services de première nécessité, le Cézallier du côté Puy-de-Dôme est dans une situation plus critique, et devient parfois dépendant du Cantal. Ainsi, depuis la cessation d'activité il y a deux ans du dernier boucher d’Ardes, c'est un boucher d'Allanche qui approvisionne tout le plateau.
Les services de base laissent à désirer sur le plateau. La situation est pire en ce qui concerne les services plus importants. Pour illustration, aucun supermarché n’est présent sur le Cézallier. De ce fait, les habitants se déplacent en périphérie pour faire leurs gros achats. Mais cela n’est pas sans conséquence sur le maintien des petits services. En effet, les « gros bourgs », en périphérie, sont de plus en plus visités par les habitants du plateau, qui en profitent pour faire toutes leurs courses, même celles de première nécessité. En effet, les personnes vont acheter leur pain au supermarché, car cela leur évite un arrêt supplémentaire. Les boulangeries sont donc concurrencées par les grandes surfaces.
La figure 11 nous montre que pour les services anomaux, les habitants du plateau effectuent des déplacements centrifuges. Ils se déplacent à Murat, Riom-ès-Montagne, Besse, Issoire, Brioude ou St-Flour. Ce sont des petites villes rurales dynamiques où l’on peut trouver tous les services (banque, assurances, médecins généralistes et spécialistes, vétérinaires, supermarchés, lycées…). Aucun bourg du plateau ne comprend suffisamment de services anomaux pour attirer des populations qui veulent accéder à tous ces services assez rapidement.
Les habitants se déplacent parfois beaucoup plus loin, à Aurillac ou Clermont-Ferrand, pour avoir accès aux soins médicaux en particulier. Ici, Clermont-Ferrand est préféré à Aurillac du fait de l’accessibilité. Pour exemple, Massiac est à équidistance de Clermont-Ferrand et d’Aurillac. Alors qu’il faut trente minutes pour se rendre à la capitale auvergnate par l’autoroute A 75, il faut près d’une heure pour rallier Aurillac. Mais cette influence de Clermont-Ferrand n’est pas spécifique au Cézallier ; elle est visible à l’échelle de la Région. Ceci est une autre problématique, qui pourrait s’intituler, en référence à A. Frémont, « Clermont-Ferrand et le désert auvergnat ».
Le manque de services présents sur le plateau, couplé à la faiblesse du réseau routier, favorisent le déplacement des Cézallieriens à l’extérieur de leur territoire. De ce fait, la connaissance qu’ont les habitants du plateau est très réduite. Ce phénomène est accentué par la faiblesse des échanges entre les habitants.
A la question n° 21 : « Allez-vous régulièrement dans le Cézallier côté Cantal/Puy-de-Dôme ? », 31 personnes sur 67 disent que non. Ainsi, près de la moitié des gens interrogés ne dépassent pas la limite départementale sur le plateau car elles n’ont « rien à y faire », pour 30 d’entre elles.
Parmi les 36 autres personnes, qui se déplacent au delà de la limite départementale, 21 y vont simplement pour se promener, sans avoir de liens (ou très peu) avec les habitants. 8 personnes s’y déplacent pour le travail. Il s’agit principalement d’agriculteurs qui ont des terres (des « montagnes ») à plusieurs endroits sur le plateau. Enfin, seulement 3 personnes disent s’y déplacer pour rencontrer les gens.
Ces quelques chiffres traduisent le manque évident de liens entre les habitants du plateau. On peut penser que ce triste constat est principalement du à la crise de la société paysanne. En effet, sur les 10 agriculteurs interrogés, 9 se déplacent sur le plateau pour le travail (terres dispersées, foires, vente de bétail et achat de fourrages…). Ainsi, cette activité crée des liens au sein du plateau. La société paysanne vit d’échanges et de solidarité. Or, cette société est en crise. Le nombre d’agriculteurs chute, ce qui entraîne une perte de relations. Nous avons vu que la limite départementale correspondait à une barrière physique qui était difficilement franchissable l’hiver, il y a de cela plus de trois siècles. La société paysanne avait réussi à créer des liens malgré cette barrière. Les foires organisées dans chacun des départements favorisaient les échanges entre les habitants et ainsi la communion de cette société. La crise agricole risque d’aboutir à un énorme bond en arrière. Les observations que l’on peut faire vont dans ce sens. Il est important de recréer des liens sur le plateau si l’on ne veut pas aboutir à la présence de deux territoires distincts sur un même espace.
Parallèlement, des étrangers viennent s’y installer. Le nombre de résidences secondaires est très important puisqu’on en compte plus de 1250, soit 35 % des logements du plateau (annexe II). Or, ces néo-cézallieriens ne sont là que pour les beaux jours ou achètent leur maison pour venir y passer leur retraite. Le Cézallier devient ainsi une maison de retraite à mi-temps, et cela se traduit dans les échanges.
Les conséquences dues à ce manque d’échanges sont dramatiques. On touche là une composante du phénomène de territorialisation. Le territoire se trouve affaibli par la rareté des échanges et des déplacements sur le plateau. Les gens ne connaissent pas leur territoire, et leur perception s’en trouve altérée, voire faussée. Une personne de Lugarde, en bordure du Cézallier, me disait que « les villages perdent leur âme ». Une autre personne me disait que « les nouveaux ne s’intègrent pas dans la vie villageoise : soit ils ne veulent pas, soit les gens du pays les rejettent ». Ainsi, avec l’importance des résidences secondaires, les gens se croisent sans se rencontrer. L’identité du plateau est ainsi affectée par un individualisme grandissant.
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